Séquence #1
Choc
Elle dit :
« Il faut absolument que tu appelles ta mère, cela fait une semaine qu’elle essaye de te joindre ».
Ses yeux me transpercent.
Ils disent ce qu’elle ne peut pas me dire.
Ils sont fixes, terrorisés.
Elle sait, moi, pas encore.
Tout a commencé par ces yeux-là.
Sans savoir, j’ai compris qu’il y allait y avoir quelque chose d’important dans ce coup de fil.
Tout de suite mon cri.
Primaire, animal.
Je lâche le combiné du téléphone qui cogne sur le mur recouvert de moquette, dans un couloir d’une auberge de jeunesse.
Ma mère m’annonce le suicide de mon père, j’ai 24 ans.
Choc.
Immense.
Profond, long, lent, anesthésiant.
Vite, sortir dehors.
Marcher.
Avec elle, bras dessus bras dessous.
Marcher toute cette nuit de janvier 1997, dans les rues de Prague.
Les flocons de neige me fouettent le visage.
Je ne sens plus rien.
Ni le temps qui passe, ni la température glaciale.
Je marche.
Pour ne pas penser.
Pour fuir.
Pour oublier.
Le temps de cette nuit.
Ce que je viens d’apprendre.
Que je ne pourrai plus jamais oublier.
Pour ne pas être demain, déjà qui arrive si vite.
Cette nouvelle vie qui m’attend sans lui.
À l’aube, je prends le premier avion pour Paris.











